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CARNET DE RECHERCHE

Fragments de formes et d’inspirations

Une marche sur la plage, le relief d’un corail, les racines d’un arbre ou une forme aperçue au bord de la route peuvent devenir le point de départ d’une recherche. Rajmanee Sukhoo observe la nature qui l’entoure et en retient des fragments...

Journal d’atelier · Rajmanee Sukhoo · 17 août 2026 

Une marche sur la plage, le relief d’un corail, les racines d’un arbre ou une forme aperçue au bord de la route peuvent devenir le point de départ d’une recherche. Rajmanee Sukhoo observe la nature qui l’entoure et en retient des fragments : textures, courbes, creux, entrelacements et mouvements qui, parfois bien plus tard, ressurgissent dans la matière.

Son carnet de recherche n’est donc pas nécessairement fait de dessins ou de pages remplies d’esquisses.

Il se construit aussi dans le regard.

Une forme est observée, une texture retient l’attention, une silhouette apparaît là où d’autres ne verraient peut-être qu’une racine ou un morceau de corail. Rajmanee ne cherche pas à les reproduire fidèlement. Elle les garde en mémoire, les laisse évoluer, puis retrouve parfois quelque chose de leur rythme ou de leur structure lorsqu’elle commence une nouvelle œuvre.


La nature comme carnet de formes 


À l’île Maurice, les formes sont partout.

Au cours d’une marche sur la plage, Rajmanee peut s’arrêter sur un fragment de corail et observer ses cavités, ses reliefs ou la manière dont sa surface alterne entre densité et ouverture.

Ce qui l’intéresse n’est pas seulement l’objet.

C’est son architecture.

Les creux qui traversent la matière, les irrégularités de la surface, les répétitions, les ruptures et les passages entre le plein et le vide deviennent autant de possibilités plastiques.

Sur le bord d’une route, son regard peut se poser sur un arbre.

Une écorce, une branche noueuse ou un ensemble de racines suffit alors à déclencher une autre lecture.

Certaines racines semblent se rejoindre, s’enrouler ou se retenir. Dans leurs entrelacements, Rajmanee peut imaginer des corps, des bras, des silhouettes presque humaines.

La nature cesse alors d’être simplement un paysage.

Elle devient un répertoire vivant de formes. 

            

 


Regarder autrement 


Cette manière d’observer demande de ne pas s’arrêter à ce que l’on reconnaît immédiatement.

Un corail n’est plus seulement un corail.

Une racine n’est plus seulement une racine.

Une courbe peut devenir un mouvement. Une cavité peut devenir un passage à travers une sculpture. Deux racines entremêlées peuvent faire apparaître l’idée de deux corps enlacés.

Ces associations ne constituent pas des modèles que Rajmanee cherche ensuite à copier.

Elles nourrissent plutôt son imaginaire.

Certaines disparaissent presque aussitôt. D’autres restent longtemps présentes et peuvent ressurgir au moment où elle travaille la terre ou construit un volume.

C’est peut-être là que se trouve son véritable carnet de recherche : dans cette accumulation de formes regardées, ressenties et mémorisées. 


« Je peux regarder des racines et y voir des corps qui s’entrelacent. Une forme reste dans ma tête, puis elle peut revenir plus tard quand je travaille la matière. »

Rajmanee Sukhoo

De l’observation à la matière 


Lorsque Rajmanee commence à travailler, ces inspirations ne sont pas traduites littéralement.

Elle continue à créer sans dessin préparatoire et sans imposer à la matière une forme entièrement définie à l’avance.

Mais quelque chose de ce qu’elle a observé peut revenir.

Une surface se creuse davantage.

Une forme devient ajourée.

Des volumes commencent à s’entrelacer.

Une texture se répète jusqu’à créer son propre rythme.

Ce passage entre observation et création reste libre. La forme naturelle n’est pas reproduite : elle est transformée.

C’est ainsi qu’un détail aperçu au cours d’une promenade peut finir, parfois inconsciemment, par participer à la naissance d’une œuvre.



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