Écouter ce que propose la matière
Pour Rajmanee, la matière n’est pas seulement un matériau que l’on façonne. Elle participe pleinement à la création.
Lorsqu’elle commence une pièce, elle ne cherche pas immédiatement à lui donner une identité ou une fonction. Elle travaille d’abord la masse, observe les volumes qui apparaissent et laisse les gestes provoquer de nouvelles directions.
La pression d’une main peut créer une courbe. Un creux peut modifier l’équilibre général. Une partie étirée peut soudain donner du mouvement à l’ensemble.
La forme se construit dans cette succession de réactions entre la main et la matière.
Elle n’est pas entièrement imaginée avant le travail. Elle apparaît progressivement.
Des formes qui émergent du geste
Rajmanee travaille beaucoup par contact direct.
Elle presse, étire, creuse, lisse, ajoute ou retire de la matière. Certains gestes sont volontaires, d’autres produisent des résultats qu’elle n’avait pas anticipés.
C’est souvent à ce moment-là que le travail devient intéressant.
Une courbe inattendue peut suggérer une nouvelle orientation. Un volume qui semblait déséquilibré peut conduire à transformer toute la pièce. Une forme initialement abstraite peut commencer à évoquer une silhouette, un corps ou quelque chose d’organique.
Il n’est pas nécessaire de décider immédiatement ce que l’œuvre représente.
Rajmanee préfère laisser cette ambiguïté exister pendant le processus de création.
Observer, essayer, recommencer
La création de Rajmanee se nourrit d’abord de ce qui l’entoure. La nature, les formes organiques, les courbes, les textures et les mouvements du vivant alimentent son regard et peuvent faire naître une première impulsion. Il ne s’agit pas pour autant de reproduire ce qu’elle observe, mais plutôt de laisser ces impressions accompagner le travail.
Une fois face à la matière, le processus continue de manière très libre. Rajmanee teste beaucoup. Elle reprend une forme, retire une partie, ajoute de la matière, modifie une courbe ou recommence lorsqu’un équilibre ne fonctionne pas. Certaines tentatives ouvrent une nouvelle piste, tandis que d’autres sont abandonnées.
L’erreur fait ainsi pleinement partie de la création. Elle permet parfois de découvrir une forme, un mouvement ou une solution qui n’aurait pas été imaginé au départ.
Rajmanee avance par essais successifs. Elle travaille, s’arrête, observe, puis intervient à nouveau. Peu à peu, ce qui vient de son environnement, ce que la matière lui suggère et ce que ses gestes font apparaître se rencontrent dans une même pièce.
« L’environnement inspire la création. La matière propose une direction. Le geste la transforme. L’œil décide s’il faut continuer. »
Entre contrôle et imprévu
Cette manière de travailler repose sur un équilibre.
Il faut suffisamment maîtriser la technique pour pouvoir transformer la matière, mais aussi accepter de ne pas tout contrôler.
Dans la sculpture, Rajmanee peut revenir longtemps sur les volumes, déplacer les masses et modifier progressivement les rapports entre les différentes parties de l’œuvre.
En céramique, la matière impose d’autres contraintes. Son humidité évolue, certaines formes deviennent plus fragiles en séchant et la cuisson introduit ensuite une transformation supplémentaire.
Quand faut-il s’arrêter ?
L’une des décisions les plus importantes consiste finalement à savoir quand ne plus intervenir.
Une pièce pourrait toujours être reprise, affinée ou modifiée. Pourtant, à un certain moment, les volumes commencent à fonctionner ensemble.
Une tension trouve son équilibre. Une courbe répond à une autre. La forme possède suffisamment de présence pour exister par elle-même.
Rajmanee peut alors arrêter de chercher.
Ce moment n’est pas nécessairement celui où l’œuvre devient parfaite au sens classique du terme. Certaines irrégularités, certaines traces du geste et certaines tensions restent visibles.
Elles font partie de la pièce.
C’est souvent là que la matière cesse d’être simplement travaillée et que l’œuvre commence réellement à prendre sa place.